DOROTHEA SCHIPPEL
DOROTHEA SCHIPPEL
Dorothea vit et travaille à Munich, Allemagne.
Depuis 1995, atelier à Munich
1990-1995 : études à l’Académie des Beaux-Arts de Munich
1989 : Prix régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour le design et l’innovation
1988-1989 : travail comme designer chez Niessing
1985-1988 : apprentissage d’orfèvre à l’École professionnelle régionale de bijouterie et de verrerie de Neugablonz
1984 : baccalauréat (Abitur)
Pour l’orfèvre munichoise Dorothea Schippel, le dessin et l’univers de la joaillerie coexistent depuis des décennies, s’influençant et se complétant mutuellement. Si ses colliers, bracelets, bagues et boucles d’oreilles ont toujours été régulièrement exposés en galeries et lors de salons, ce printemps 2021 marque la première fois qu’elle présente publiquement, à cette échelle, ses croquis minutieux réalisés au crayon, au stylo à bille ou au feutre fin.
Les pièces en or et en argent sont créées quotidiennement dans son atelier, situé à quelques centaines de mètres de son domicile. Elle privilégie les métaux précieux, les diamants et les pierres fines colorées qui permettent un travail d’une grande précision, comme les saphirs, les grenats et les zircons. Cette mère de trois enfants puise son inspiration dans le quotidien. Cependant, comme elle le souligne, rien n’est laissé au hasard. Elle ne recherche pas activement l’inspiration ; elle découvre plutôt sans cesse un élément qui mérite d’être exploré artistiquement et intégré à son répertoire personnel de couleurs et de formes. En matière de création de bijoux, son objectif est de concrétiser les idées qui l’animent tout au long de la journée. Souvent, il s’agit d’images qui trouvent leur place dans son trésor intérieur. Comme une rangée de gouttes d’eau sur un fil à linge. Elle les conserve précieusement, parfois pendant des années, et aussi sous forme de photos sur son téléphone – toujours présentes, en quelque sorte. Jusqu’à ce que le moment propice arrive pour transformer l’image qu’elle porte en elle en une pièce unique ou – plus souvent – une petite série. Au fil du temps, ces images et ces idées se retrouvent dans les bijoux de Dorothea Schippel. « Je ne sais même pas si je recherche activement ces images ou si elles me viennent automatiquement », dit-elle.
Dans son atelier, au milieu d’une machine à souder à micro-cylindres de gaz, d’un laminoir et d’une table à dessin, une telle image s’intègre au processus créatif. Dans sa série actuelle, par exemple, ce sont précisément ces gouttes d’eau. Elles se rassemblent ici dans un agencement que d’autres qualifieraient de désordre : étagères, petites tasses, boîtes, tiroirs débordant d’une multitude de petits objets. En réalité, il s’agit d’une collection incroyablement riche de matériaux précieux, parmi lesquels Dorothea Schippel, qui connaît chaque perle de verre française ou africaine, chaque œillet, lime, pince à épiler, fil et tige d’acier, les sélectionne méticuleusement pour créer un point de départ idéal pour ses essais et erreurs. Elle n’utilise jamais de croquis préliminaires ni de dessins techniques. Au contraire, elle expérimente toujours directement avec la matière. Et les gouttelettes d’eau, au final, ne sont rien de plus que des gouttelettes d’eau. L’image n’a servi que de point de départ pour agencer les éléments du nouveau bijou de la manière qui, au terme d’un long processus, lui semble la plus cohérente.
Si ces bijoux, simplement numérotés depuis la fin de sa formation et généralement sans nom, devaient être classés, on pourrait les décrire comme un désordre maîtrisé. Ordre et désordre s’entrecroisent sans cesse dans le tri d’œillets de différentes tailles, de pierres précieuses de couleurs variées et de perles. Dorothea Schippel maîtrise ce processus, qu’elle suit avec discipline jusqu’à ce que les maillons de la chaîne, sous toutes leurs formes et dans toutes leurs positions, remplissent parfaitement leur fonction. Qu’il s’agisse de points, de lignes, de rangées ou d’amas, qu’ils tombent autour du cou comme des structures architecturales miniatures ou dansent dans la main comme des mobiles, ce qui l’intéresse le plus, ce sont les rythmes et les structures, un certain ordre ou un certain désordre. « Je me concentre sur les détails individuels, puis je commence à jouer avec ces éléments. J’assemble mes univers. »
D’ailleurs, de nombreuses tentatives sont mises de côté ; en fin de compte, elles n’ont pas réussi à convaincre l’artiste. Mais même les œuvres infructueuses — oui, elle les appelle ainsi — l’entourent ; elles aussi contribuent à la recherche des proportions idéales pour la pièce à venir. Les tâches qui y mènent sont souvent longues et répétitives, comme insérer une épingle après l’autre ou souder de nombreux petits œillets. Ou encore lorsqu’un objet doit refroidir ou être plongé dans de l’acide sulfurique pour être nettoyé. Dans ces moments-là, elle prend le temps d’observer tous les petits amas et les tas, et de décider : quelle est la prochaine étape ? Une fois son nouveau schéma trouvé, il se transforme généralement en un petit groupe, qu’elle utilise ensuite pour explorer les paramètres identifiés à travers divers contrastes, couleurs et tailles. Jusqu’à ce qu’un nouveau processus, une nouvelle vision, éveille son intérêt. Elle est souvent soucieuse de simplicité, d’élégance et de cohérence. Un mot qu’elle utilise fréquemment pour décrire son travail est : retenue. Les formes ostentatoires et tout ce qui est intrusif lui sont insupportables. « Je ne prétends jamais composer quoi que ce soit. »

















